De l’Ancien au nouveau Régime, la Révolution a-t-elle commencé ?

Depuis quelques temps, on voit surgir dans le débat venant de personnes de la majorité municipale ou de personnes qui leur sont proches l’idée que leur arrivée permet de sonner la fin de l’ancien « Régime », celui de l’ère Genin ou Charrier, voire de toute l’ère communiste. Ainsi, la dernière tribune du nouvel adjoint au Personnel s’est positionnée sur ce registre en évoquant l’ancien régime que les Vaudais auraient « congédié ceux qui, ivres de leurs certitudes et de leur infaillibilité, inconséquents dans leur choix et insouciants dans leur comportements, ont conduit Vaulx-en-Velin dans une impasse ». On trouve également la dernière tribune de MediaVaulx qui a trouvé une nouvelle plume et attaque de la même façon la reconduction de la présidente du Conseil de Quartier du Mas qui serait tout à la fois le symbole de l’ouverture d’esprit de la nouvelle majorité, capable de ne pas rejeter les personnes de l’ancien régime et en même temps le signe d’un conservatisme scandaleux. C’est d’ailleurs ce même site qui attaque la tribune de l’adjoint au Personnel pour lui rappeler qu’il a voté dans le mandat précédent quasiment tous les dossiers que l’ancienne majorité a présenté et, pis encore, que l’ancien « régime » qu’il dénonce est celui qui fut aussi porté par les anciens adjoints socialistes dont Hélène Geoffroy et Armand Menzikian furent d’importants adjoints.

Ainsi, la frontière que semble vouloir dessiner quelques-uns entre ancien et nouveau régime, voulant sans doute prendre la posture de révolutionnaires en herbe, est plutôt difficile à tenir, tant il existe et a existé des porosités importantes entre l’ancienne et la nouvelle équipe.

Revenons donc sur le débat de fond qui doit l’emporter dans ces situations. La première est de savoir si il y a eu un « ancien » régime, en quoi a-t-il consisté et en quoi les personnes de la nouvelle équipe propose une véritable rupture ou s’inscrive dans la continuité avec l’équipe précédente.

Prenons d’abord la question des pratiques d’une majorité vis-à-vis de ceux qui ne partagent pas leur opinion. C’est une approche intéressante puisqu’elle permet de repérer voire de dévoiler des pratiques de type « claniques » ou « sectaires » visant à écarter ou à traiter particulièrement les personnes ne partageant pas la même opinion. Commençons par l’ancienne équipe, celle-ci a-t-elle eu ce type de pratiques ? Bien qu’il soit difficile de répondre de façon exhaustive à cette question, il y a probablement des contre-exemples, mais notons tout de même que des associations telles que l’EPI,  la MJC, certains centres sociaux ou clubs sportifs dont il était de notoriété publique que leurs dirigeants étaient proche de l’équipe Geoffroy n’ont, à ma connaissance, pas été victimes d’attaques particulières. Ils ont reçu des subventions comme les autres, et même certaines ont bénéficié de cette subvention dite structurelle sur lequel il y aurait eu beaucoup à dire. Et si certaines voix ont pu réclamer des mesures « sectaires », Bernard Genin, pas plus que Maurice Charrier ne les ont suivi. Il est encore bien trop tôt pour savoir ce que seront les pratiques de la nouvelle majorité mais il est effectivement à espérer qu’elle conserve cette logique. De ce point de vue, l’attaque de MédiaVaulx à la présidente du Conseil de Quartier, les attaques répétées contre la présidente de l’école de la deuxième chance, Marie-France Vieux Marcaud, qui la pousse aujourd’hui à démissionner, contre le président du club d’athlétisme qui a démissionné, les mises au placard nombreuses de la rédactrice en chef de Vaulx le Journal, de deux secrétaires généraux adjoint et quelques chefs de service ou bien encore les coups de pouce très « généreux » à l’EPI ou au club de l’Olympique Vaulx ne sont pas des signes très encourageants.

Rappelons quand même que la démocratie, ce n’est pas la loi du plus fort, fut-t-il majoritaire, qui compte mais c’est aussi le droit et le respect des minorités. Lorsque je lis les « Vaudais ont congédié » l’ancienne équipe, je me dis que certains oublient que les « Vaudais » sont composites et ont exprimé des points de vue différents. La nouvelle majorité n’a ainsi récolté que 200 voix de plus que la précédente majorité, et aucun des deux régimes ne peut se prévaloir d’avoir eu une majorité absolue. Cela signifie qu’il est essentiel pour la majorité en place de ne pas mépriser les 60% de Vaudais qui n’ont pas voté pour elle, et je ne compte bien évidemment pas les abstentionnistes. Si la constitution de « clans » ou de « partis » est inévitable pendant les périodes électorales, le rôle d’un exécutif, quel qu’il soit, est de comprendre que sa responsabilité n’est plus d’être le chef d’un clan mais de tous les Vaudaises et les Vaudais. Cela commence donc par refuser tout mépris vis-à-vis de ses prédécesseurs en les appelant « l’ancien régime » ou bien encore tout faire pour s’assurer que l’opposition soit respectée, celle-ci ne siégeant plus au Conseil Municipal.

Venons-en aux autres pratiques souvent évoquées. Il est beaucoup question des voitures de fonction des anciens élus, symbole de « l’ancien régime » selon l’adjoint au personnel. C’est une question qui mérite un vrai débat non pas juridique, puisque il n’y a pas de problème juridique mais politique. Les adjoints ont-ils besoin d’une voiture de fonction et la fin du système des voitures est-elle une bonne chose. A mon avis, c’est une très bonne chose d’avoir arrêté le système et je pense que nous aurions dû le faire plus tôt (cela fait partis des erreurs). Est-ce que cela permet d’établir une véritable distinction entre « ancien régime » et « nouveau régime » ? Là je serai plus nuancé. En effet, le débat a déjà eu lieu à 2 reprises sous « l’ancien régime ». La première fois, c’est en 2001. J’étais alors élu nouvel adjoint au Maire et j’avais porté le débat au sein du groupe socialiste en mettant en avant que cela ne se pratiquait pas dans les autres villes. A l’époque, j’avais été non seulement isolé face aux 3 adjoints socialistes de l’époque dont la Maire actuelle mais aussi de l’ensemble du groupe. Refusant de prendre cette voiture pendant tout le mandat pour exprimer ma contestation, le groupe a décidé de l’attribuer à une élue déléguée qui est aujourd’hui adjointe dans la nouvelle équipe. J’ai donc été le seul adjoint de 2001 à 2008 à ne pas avoir une voiture de fonction pour motif « politique » sans que cela n’intéresse qui que ce soit. Je n’en tire ici aucune gloire d’autant plus qu’en 2009, lorsque je suis redevenu adjoint, considérant que je n’avais pas les moyens de gagner ce combat après avoir prêché dans le désert pendant 7 ans et j’ai aussi pris une voiture uniquement pour mes besoins d’adjoint. Aurai-je du faire autrement ? Peut-être. Je ne dis pas que j’ai pris la bonne décision en 2001 ou en 2009 mais juste que les responsables du nouveau régime ont eu les mêmes pratiques. La deuxième fois que ce sujet a été abordé c’est lorsque nous avons rencontré Bernard Genin en 2014 pour élaborer le programme, l’abandon des voitures de fonction faisait partis des revendications que nous avions et de ce point de vue, la Maire de l’époque avait la même position. Il ne s’agit ici de donner de leçon à personne mais de montrer que la porosité entre « l’ancien » et le « nouveau » régime est bien grande et qu’il est quelque peu simpliste de vouloir donner des leçons de morale.

Venons-en à la question des recrutements. C’est une question qui mérite d’être abordée puisque le nouvel adjoint au personnel évoque l’existence de favoritisme et de clientélisme. Il reste difficile d’avoir une vue d’ensemble, je ne peux qu’une fois encore, donner que quelques exemples. J’ai assisté à plusieurs commissions de recrutement. A chaque fois, la commission de recrutement était composée d’un élu généralement, l’adjoint concerné, d’un ou deux secrétaires généraux, d’un représentant de la DRH, un représentant du service des sports et un représentant du syndicat. Autrement dit, l’élu que j’étais était largement minoritaire dans la commission et j’ai toujours tenu à respecter le choix collectif de la commission. L’essentiel étant de recruter sur la base de compétence pour le service public, nous faisions un vote qui permettait de déterminer un ordre. C’était la pratique courante de « l’ancien régime » que j’ai connu et que je trouve plutôt transparente et positive. Je ne dis pas qu’elle s’est faite partout et tout le temps mais que c’était plutôt la politique de l’adjoint au personnel de déléguer le fonctionnement à l’adjoint de secteur et de s’appuyer sur les services. Et aujourd’hui ? Tous les retours que l’on a, mais cela reste des bruits donc je reste prudent pour l’instant, c’est que les commissions de recrutement ne se passent plus tout à fait de cette façon-là, les élus décidant seuls du classement. De plus, il semble que les 4 premiers chargés de mission recrutés par la nouvelle équipe ont pour principal « compétence » commune d’avoir leur carte au Parti Socialiste et que l’on compte beaucoup de recrutements qui semblent d’avantage le prix à payer des promesses de campagne que des compétences au service de l’intérêt général. Je laisse beaucoup de guillemet car il reste à vérifier….mais je ne doute pas que chacun vérifiera.

Quoi qu’il en soit, un peu d’humilité dans la façon d’aborder le passé permettrait de ne pas sombrer dans l’ivresse des certitudes du pouvoir au présent. Il vaut mieux ainsi proposer des pratiques qui permettent d’assurer concrètement de la transparence dans les recrutements que de lancer des invectives. A suivre donc…..

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