Premier débat d’orientation budgétaire : Mais où sont vos orientations Mme la Maire ?

Mon intervention au Conseil Municipal du 13 Février 2015

Nous entamons la discussion aujourd’hui pour le premier débat d’orientation budgétaire (DOB) de la nouvelle députée-Maire et de son équipe. Le DOB est un moment important, essentiel même puisqu’il permet non seulement de faire un point général sur la situation financière de la ville mais il est surtout là pour établir les grands axes, les grandes orientations, les grandes priorités que se fixent la municipalité pour cette nouvelle année et, plus largement pour les années à venir car un budget n’engage jamais une seule année.

C’est donc un premier moment de vérité essentielle, premier car il doit aussi se traduire dans le deuxième acte, des lignes budgétaires précises qui nous seront présentées au mois prochain.

Ce moment de vérité, nous l’attendions avec impatience afin d’abord de mieux comprendre ce qui marque la nouveauté, le tournant de votre orientation politique, Mme la Maire, mais aussi ce qui s’inscrit dans la continuité, la poursuite car on ne peut ni faire table rase de tout le passé, ni continuer comme si rien ne s’était passé. C’est donc avec ce double regard, celui de la rupture et de la continuité, que nous avons lu le document que vous nous avez envoyé.  Un regard qui ne doit pas critiquer absolument toutes les ruptures et applaudir à toutes les continuités, certains changements sont utiles et méritent d’être examinés, mais un regard qui ne sera pas non plus complaisant avec les changements qui posent problèmes, ceux qui expriment un retour en arrière.

Tout d’abord, je dois dire, commençons par une rupture positive, que le document de 32 pages que nous avons reçu est appréciable sur sa forme. Il donne de très nombreuses indications, comparaisons, tableaux, on y trouve des couleurs, des cartes, des photos. On peut donc de ce point de vue féliciter l’adjoint aux finances et les services qui ont produit un tel document.

Une fois l’effet positif de la forme passé, on doit bien sûr s’interroger sur le fond du document. Sur le fond, un texte d’orientation budgétaire étant d’abord là pour fixer les grandes orientations de la ville, on part en quête de ces orientations, point le plus intéressant du débat.

On commence donc par lire le préambule. C’est dans une introduction ou dans un préambule que l’on trouve généralement les orientations. On lit donc une première fois ce préambule dans lequel on trouve beaucoup de phrases qui ressemblent à un tract de campagne, qui parlent beaucoup de l’ancienne équipe, qui mobilisent de grands principes comme « le choix de la vérité budgétaire » ou bien encore « en finir avec « le choix d’en finir avec l’impéritie de l’équipe précédente ». C’est très grandiloquent et surtout très communiquant, on s’attend à lire un développement argumenté de ses grandes envolées mais malheureusement cela reste un peu creux et même assez vide. Mais bon, si cela peut rassurer ceux qui font ses annonces, on leur laisse pour chercher toujours les orientations, sujets de notre débat.

Et là, dans le préambule, rien. Si, pardon, une phrase qui dit que « notre politique consiste à dégager des capacités d’investissements conséquentes tout en maîtrisant les dépenses et l’endettement ». Je pense que cette phrase a du être utilisée à peu près dans tous les Conseils Municipaux de France et de Navarre, elle ne mange pas pain et s’applique à toutes les situations.

Bref, rien de précis ou de spécifique…Mais qu’à cela ne tienne, nous avons sans doute été présomptueux de considérer que le préambule contenait ces orientations. Après tout, ils sont très certainement dans le corps du texte.

Nous commençons donc une lecture attentive du texte en balayant les pages sur le contexte national, sur lequel nous ne nous arrêterons pas pour arriver à la partie « Evolutions Budgétaires ». Certes, il n’y a pas de raison d’y trouver ce que nous y cherchons, les orientations. Après tout, ce ne sont que les « évolutions » mais bon cela n’empêche pas évidemment d’avoir un regard sur ce qu’est la situation de la commune. On y trouve ainsi une série de tableaux reprenant les dépenses et recettes de 2008 à 2014. On y retrouve, pour ceux qui connaissent le budget, des éléments relativement classiques et connus sur la dette qui rappellent que notre ville a un taux d’endettement « raisonnablement » élevé situé en deçà des 15 ans, durée que les analystes financiers considèrent comme problématique, (et si les analystes financiers le disent !!). Notre ville est donc à moins de 10 ans, et, malgré le fait que la ville a, pour assurer son développement, beaucoup investit,  près de 70 millions d’euros sur le mandat précédent en reprenant le chiffre, soit bien davantage que sur le mandat d’avant.

Evidemment, on peut toujours passer beaucoup de temps à discuter du bilan du mandat précédent, on voit bien les petits pics par ci par là qui se transforment parfois en grosses ficelles, c’est de bonnes guerres à une condition, que cela ne serve pas d’excuse pour camoufler vos choix et vos orientations, car depuis 10 mois, c’est Mme Geoffroy qui est au commande et comptable de notre avenir commun.

On arrive donc enfin à la partie tant attendu intitulé « Orientation budgétaires ». Nous allions enfin pouvoir trouver comment l’équipe municipale définit les enjeux pour notre ville, non seulement pour l’année à venir mais aussi pour les années futurs, comment elle imagine notre ville dans 10 ans, ses grandes évolutions, ses grandes défis. Les défis qui sont devant nous sont de taille et il n’y a aucun doute que Vaulx en Velin est à tournant. Notre ville avait commencé à sortir de la période terrible qu’elle a connu dans les années 1990, où la population diminuait chaque année, où les logements vides ne cessaient d’augmenter, où les voitures brûlées et les rodéos étaient un quotidien de trop nombreux vaudais, où les écoles perdaient toute forme de mixité… elle a commencé à en sortir au milieu des années 2000 alors que la courbe des départs s’est inversée, que des habitants sont venus ou revenus et que s’y sont intéressés des promoteurs, que des activités ont réémergées, que l’image de la ville a commencé à changer. Car ne nous y trompons pas, quand cela va mal, les gens fuient, ils nous l’ont assez prouvé.

Certes, personne ne peut croire que l’on en est sorti,  le chemin est fragile, toujours très fragile. Et si nous sommes passées à côté des émeutes de 2005, signe que les choses avaient changé alors les banlieues françaises s’enflammaient, nous continuons à avoir une ville d’une grande fragilité, ne nous y trompons pas, avec des habitants en grandes difficulté, en grande souffrance trop souvent.

Continuer à s’en sortir, cela suppose d’avoir une vraie vision de ce que nous voulons pour notre ville et ses habitants, ce que nous voulons faire pour chacun de nos quartiers, la vision de la ville que nous portons. C’est donc d’abord une vision d’ensemble, une vision qui fasse sens. Une vision d’autant plus importante que la dynamique du projet qu’ont bâtie ensemble socialistes et communistes dans les années 1990 et qui est passée par la reconstitution d’un véritable centre-ville pour ensuite irriguées les quartiers est non seulement fragile mais en danger, comme on vient de le voir avec le départ de ces différentes vitrines du centre ville qui quittent la ville aujourd’hui.

C’est cela les orientations que l’on cherche dans ce document, c’est cela les réponses que nous voulons. Quelles sens allez vous donner à vos actions pour construire la ville de demain ?

Et que découvre-t-on ? D’abord un camembert de dépenses….Un camembert budgétaire qui donne la répartition des dépenses de fonctionnement. Cela s’appelle le budget, c’est le tableau que vous aurez à nous présenter la prochaine fois, ce n’est pas les orientations budgétaires.

On lit ensuite le texte, 8 lignes pour les dépenses de fonctionnement mais aucune orientation. Rien.

On lit ensuite la section « dépenses d’investissement », et là un petit texte commence et rappelle l’ « éducation » comme priorité mais ne dit à nouveau rien de plus. On se dit qu’enfin, ce terme répété à n’en plus finir va prendre sens. On va enfin savoir ce que veut dire mettre en priorité l’éducation. Mais là rien non plus….

Décidément…

On tourne donc la page avide de trouver enfin le graal des orientations générales…Et là, on trouve 2 pages entières consacrées à l’éducation.

L’éducation est vitale, nous le savons tous. Elle est une priorité absolue, nous partageons ensemble cet enjeu…

Mais que proposez vous concrètement pour lutter contre l’échec scolaire, éviter que certains destins se nouent dès la primaire, éviter que des incidents se multiplient dans des collèges, que la spirale de l’échec s’entretienne non seulement par le départ des familles qui en ont les moyens vers le privé, voire pour les plus fortunés, de changer de lieu de résidence.

Vous déclinez en 2 types d’action votre priorité sur l’éducation. Le bâti et le numérique. Le bâti, lorsque je lis votre programme il me convient bien mais sincèrement je ne vois pas la différence avec le précédent. Car en éducation, qui a-t-il de nouveau dans vos orientations ? Les deux nouvelles écoles Beauverie et Cartaillac ? Déjà prévues par l’ancienne équipe et tant mieux que vous les continuez.

Un nouveau choix de terrain ? Une structure pour faciliter l’innovation pédagogique ? Non rien ….J’entends déjà l’argument de Mme la Maire, toujours prête à polémiquer, « les deux écoles, c’était prévu mais pas lancé »…Oui, c’est vrai c’était prévu pour 2018 et vous allez le faire…. en 2018…Les algécos étaient envisagés pour 2016 et vous allez les faire…. en 2016…Bref rien de neuf…rien de plus…Evidemment, on peut passer son temps, comme dans les cours de recréation pour savoir si, à votre place nous l’aurions fait « pour de vrai », mais le débat politique mérite un peu plus que cela.

La vraie question c’est: quoi de neuf ? Quoi de plus ? Quoi de différent ?

Ah si j’oubliais,  en moins, le centre aquatique…Ça y est nous apprenons enfin où vont partir les 10 millions d’euros prévus pour le centre aquatique, après avoir fait une croix sur les 2,5 millions déjà investit et définitivement jetée par la fenêtre. Ils vont être reconvertis sur le projet de l’école Beauverie…Alors là je dis bravo.  Vous les mettez dans l’éducation. Mais où vont les 10 millions prévus par les partenaires sur le projet Beauverie ? Le seul problème, c’est que les partenaires avaient déjà donné leur accord pour l’école Beauverie en 2017 ou 2018. Conclusion, telle le jeu de Bonto, vous nous revendez les 10 millions à l’école qui de toute façon aurait été obtenus. Je l’ai encore vérifié il y a peu dans une discussion avec des partenaires…La vérité, puisqu’il faut dire la vérité, c’est que l’argent n’était pas reportable, et que vous l’avez bel et bien perdu…10 millions…Quand je pense à ce Ministre des sports qui est venu venter l’importance éducatif des piscines….Ce qui est au fond de l’eau, ce sont les millions qui étaient prévus…

Mais revenons à ces deux pages sur l’éducation. Vous faites de l’éducation un enjeu. Croyez-vous sincèrement que le bâti et la tablette numérique vont résoudre les enjeux qui sont de taille aujourd’hui pour lutter contre l’échec scolaire. Vous avez beau avoir refait tout en neuf le collège Aimé Césaire, ils se mettent en grève aujourd’hui face à la montée de la violence. Le bâti, c’est bien, mais ce n’est pas à la hauteur des défis qui sont devant nous en matière d’éducation. Comprenons nous bien, je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire, je dis qu’il faut être bien plus ambitieux avec de « vraies orientations »…

Parlons humain notamment. du personnel par exemple, car disons le clairement une des grandes qualités de nos école maternelles et primaires, c’est la qualité des équipes pédagogiques, leur motivation mais aussi, car tout est lié, le support humain qu’ils ont avec les ATSEM. Je me souviens d’un instit me disant : « Vaulx en Velin est demandée dans l’académie, c’est pour cela que vous attirez des enseignants de qualité et si elle est appréciée, c’est parce que Vaulx à une politique de support extraordinaire. »

Le bâti, c’est bien, mais cela ne fait pas une politique ambitieuse d’éducation. Ce sont d’abord des humains qui apprennent à lire à nos enfants, pas des murs ou des tablettes….

Mais là rien…

Et puis, la réussite à l’école, nous le savons, passe aussi par un minimum de diversité et de mixité dans les classes. Or, cette diversité est liée à la politique de l’habitat. Les gens qui en ont les moyens choisissent leurs lieu de vie en fonction de la carte scolaire. Dans quel collège ira mon enfant, car plus que l’école primaire, c’est les collèges qui préoccupent les parents et là aussi vous avez beaucoup agit sur le bâti mais cela ne suffit pas…on voit ce qui se passe dans les collèges où vous avez agit…

Tout est lié, les orientations budgétaires, c’est ce qui lie l’ensemble… et tout n’est pas seulement un catalogue comme ces 13 pages énumérant 16 priorités. 2 pages sur 13 sur la priorité principale, c’est un début mais dans ce catalogue qui ressemble plus à un programme électoral, toujours pas d’orientations budgétaires regroupées dans un même chapeau permettant de saisir cette vision de la ville que vous voulez développer. Chacun peut faire son marché mais à part l’éducation, affichée comme priorité, on ne voit pas comment tout cela se lie. Quel est le sens de votre action ? Quelle est votre  vision de l’avenir au sens large de nos quartiers ? du Mas du Teaurau ? Du village ? de l’Ecoin ? Du Pont des Planches ? De la Grappinière ? Du Sud ? Quelles orientations pour leur développement et leur maillage.

Et puis le document se finit sans d’abord une parti « recettes 2015 ». Là j’avoue que réside ma surprise. C’est pourtant une question cruciale. On nous annonce la transparence, on nous annonce les chiffres véritables et rien sur la baisse de la DGF et sur la DSU au niveau local. C’est quand même là un point qui pose problème. Pour être de bons gestionnaires, il faut des recettes et des dépenses non ?

Bref, vous l’avez bien compris, ce que nous attendons aujourd’hui de vous, car c’est vous qui gouvernez cette ville et que l’on ne s’y trompe pas, au-delà de nos querelles politiciennes, personne n’a intérêt à ce que vous vous plantiez car personne n’a intérêt à retrouver le Vaulx en Velin des années 1990/95, celui de la fuite des habitants.

Il va falloir faire beaucoup mieux, beaucoup plus ambitieux, Mme la Maire, beaucoup mieux qu’un simple Budget, nous voulons des Orientations globales qui marquent votre vision de l’avenir ? Tel la BD « Ou est Charlie ? », ce qui me donne l’occasion d’un Petit clin d’œil à Charlie, je n’ai pas trouvé dans le document ce que je cherchais dans ce dédales de ligne, elles étaient sans doute trop petites, trop cachées…Les Vaudais attendent mieux que cela. Ils attendent de véritables perspectives pour leur avenir.

A télécharger: les dossiers du Conseil Municipal : Dossier du CM du 12-05-15b

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