Chronique d’un désastre annoncé, épisode 2, la chasse aux sorcières

2ff5« Il n’y aura aucune chasse aux sorcières ». C’est ce qu’avait promis Mme la Maire dans un tract distribué entre les deux tours des élections municipales à l’intention du personnel municipal…. Il s’agissait de rassurer ce personnel qui, inquiet, aurait pu se mobiliser dans l’entre-deux-tours par peur d’une chasse aux sorcières…Non, il n’y aurait aucune chasse aux sorcières si elle gagnait et oui, la gestion du personnel se ferait dans le respect des règles de transparence, de compétence et d’équité.

Presqu’un an et demi après ce tract, quel bilan peut-on faire sur cette question ? Force est de constater que la chasse aux sorcières a bien eu lieu contrairement à la promesse faite.

Pour s’en convaincre, il suffit de faire le bilan sur les responsables de l’administration. Sur les 5 principaux responsables de l’administration, le directeur général des services et ses quatre adjoints, il ne reste plus personne. Deux sont partis à la retraite, ce qui aurait du laisser suffisamment de marges de manœuvre à la nouvel édile pour recruter elle-même mais non…. D’abord les deux directeurs généraux adjoints puis, depuis cet été, le directeur général des services, ont été remerciés. Si la procédure est légal, les directeurs généraux et leurs adjoints sont les seuls à pouvoir être remerciés dans une municipalité, c’est une pratique qui reste relativement rare y compris lorsque’ une municipalité change de camp. Il faut dire que non seulement la procédure coûte cher à l’employeur, mais en plus, il est courant que ces fonctionnaires ayant dû passer des concours nationaux pour obtenir leur grade, s’avèrent tout à fait compétents et neutres, tels que le prévoit leur statut.

Si l’on regarde la situation des chefs de service, cela n’est guère plus brillant. Contrairement aux responsables précédents, leur statut les protège et ils ne peuvent être remerciés. Il faut donc les « mettre aux placards » en leur retirant leur responsabilité et en les doublant. Si l’on regarde les principaux directeurs de service, le bilan est effrayant. Il ne reste en un an quasiment plus personne. Pourtant, là encore, plusieurs directeurs de service sont proches de la retraite, ce qui laissait à l’équipe en place, quelques marges de manœuvre pour effectuer des recrutements. Mais cela ne leur a pas suffi. Ils ont vidé de leur fonction nombre de chefs de service en place. Sur la douzaine de responsables des principaux services, il n’en reste plus que deux avec des responsabilités réelles.

Quand on fait le bilan, ce changement des responsables est effrayant. Même des villes comme Decines ou Meyzieu qui ont basculé de gauche à droite n’ont pas connu un tel « nettoyage ». Il faut dire que les « chasses aux sorcières » ne se pratiquent plus guère même au niveau national et restent globalement marginales. Les nouvelles équipes en place se contentent le plus souvent de deux trois changements.

Il faut dire tout d’abord que la fonction publique territoriale a bien changé ces vingt dernières années. Elle s’est professionnalisée à tous les échelons. Il est devenu quasiment impossible pour un Maire de recruter n’importe qui à la tête de ses services. Il doit prendre un cadre A qui a dû passer un concours national pour le devenir. Le concours est de plus en plus sévère et juge les compétences des individus, y compris leur nécessaire neutralité au regard de la fonction politique. C’est la condition pour avoir des individus compétents qui assurent la qualité et la continuité du service publique.

La « chasse aux sorcières » est depuis considérée comme une pratique scandaleuse d’un autre âge qui en dit plus sur la façon de gouverner d’un Maire que sur la compétence des responsables administratifs qui ont été écartés. Il faut dire que cette pratique a trois conséquences très douloureuses pour une ville.

Tout d’abord, c’est une pratique qui coûte très chère à la ville. Pour les directeurs généraux, elle est juridiquement possible mais elle doit se faire en deux temps. Le premier temps, la première année, la personne peut rester sur place et doit toucher son salaire, avec simplement une prime en moins. Comme il faut faire tourner les services, la Maire recrute et se retrouve donc à devoir payer deux salaires pour une fonction. La deuxième année, si la personne n’a pas trouvé de poste, elle est remise au centre national qui facture ses services en demandant à la municipalité de payer le double du salaire de l’individu, soit en prenant en compte le remplaçant, cela veut dire trois fois le salaire initial. Pour les chefs de service, la mise au placard se traduit généralement là encore par des remplacements qui comptent double. Pas étonnant alors que le budget en personnel de la ville explose, ce qui a commencé à être le cas en 2015.

De plus, c’est une pratique qui installe la peur, le doute et la suspicion dans le personnel. Comment en effet travailler en toute sérénité lorsque l’on a une épée de Damoclès sur la tête. Savoir qu’une maire n’hésite pas à mettre au placard ses responsables de service crée un climat délétère dans une Mairie. Chacun se sent en danger en se demandant s’il n’est pas le prochain sur la liste. Il faut dire qu’en plus, loin d’avoir pratiqué le coup de balai d’un coup, la nouvelle Maire a étalé ses renvois, faisant souvent croire aux uns et aux autres qu’ils resteraient. Plusieurs d’entrés eux expliquent ainsi qu’ils auraient compris leur sanction si la Maire l’avait fait dès son arrivée mais souvent, ils ont cru qu’ils ne seraient pas touchés, avant de s’entendre prononcer leur renvoi. Dernière victime en date, le délégué général des services qui a appris cet été son renvoi alors qu’on lui avait assuré qu’aucune chasse aux sorcières ne serait pratiquée et qu’il n’a pas manqué de compétence.

Enfin, et sans doute la conséquence la plus importante, la déstabilisation du personnel. L’administration municipale comprend 1200 agents. Un système aussi important ne fonctionne que grâce à un système organisationnel élaboré où les directeurs généraux et les responsables de service jouent un rôle majeur. Sachant qu’il faut un à deux ans pour maitriser les dossiers d’un service et se faire respecter de ses collègues lorsqu’on leur donne des directives, sachant que le management du personnel est toujours la tâche la plus délicate, difficile mais aussi la plus importante pour faire tourner une mairie,  il ne faut pas être surpris que couper la plupart des têtes en une année entraine une désorganisation terrible qui a des conséquences en chaîne sur l’ensemble du personnel. L’effet déstabilisateur est en effet exponentiel en coupant toutes les têtes d’un coup, les services se trouvent tous déstabilisés sans qu’aucun endroit ne semble suffisamment stable pour aider les autres à se stabiliser.

La « chasse aux sorcières » a donc bien eu lieu et a entraîné un surcoût élevé et une déstabilisation qui est aujourd’hui très visible et se traduit par de multiples dysfonctionnements que chacun peut voir, à commencer par les nouvelles activités. Comment s’étonner des dysfonctionnements du périscolaire lorsque l’on sait que le directeur général adjoint et le chef de service ne sont plus là pour assurer la continuité du service publique et permettre la motivation des agents à développer un nouveau dispositif ? Comment s’étonner de dysfonctionnement dans des services opérationnels quand on a déstabilisé le système ?

Cette pratique scandaleuse montre non seulement ce que sont les nouvelles pratiques de Mme la Maire mais aussi son incompétence à comprendre l’organisation qu’elle a la lourde charge de gérer….

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